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Éducation du public

Les gouvernements doivent fournir les moyens d’informer le public et les différentes communautés pratiquant les MGF des effets néfastes de la pratique, ainsi que des éventuelles conséquences judiciaires auxquelles s’exposent les personnes qui s’y livrent.

L’information donnée doit mettre l’accent sur :

  • les conséquences physiques et psychologiques néfastes des MGF sur les femmes, les fillettes et la société dans son ensemble,
  • l’historique et la fonction des MGF,
  • la promotion des droits de l’homme et le caractère attentatoire à ces droits des MGF,
  • la nécessité d’impliquer tout le groupe social dans l'élaboration de dispositifs répondant aux besoins des femmes et des fillettes.

Les programmes d’éducation du public doivent être adaptés aux besoins des communautés immigrées qui pratiquent les MGF, en tenant compte de la barrière de la langue et de différentes questions liées à l'immigration. Les gouvernements doivent s'appuyer sur les ONG, les dirigeants locaux, religieux ou civils, ainsi que sur les professionnels de la santé et de l’aide aux personnes, pour recueillir et diffuser dans toute la population l'information concernant le préjudice et les conséquences néfastes associés aux MGF.

 

Médias

Les médias privés et locaux doivent être encouragés à informer leur public des conséquences néfastes des MGF, du droit des femmes et des fillettes de ne pas subir cette pratique, et des conséquences judiciaires auxquelles s'exposent les personnes qui s'y livrent.

 

L’accès aux services et à l’éducation en matière de santé

Pour éliminer les MGF, il est indispensable de mener une action d’éducation en matière de santé. Les pouvoirs publics ont le devoir d'assurer les soins de santé et, en particulier, de mener des actions éducatives au niveau des collectivités pour informer les femmes des risques sanitaires que font courir les MGF. Éducation et traitement doivent également correspondre aux besoins en matière de santé des femmes et jeunes filles qui ont déjà subi une MGF et souffrent des complications qui en résultent.

  • Les législateurs doivent exiger des gouvernements qu'ils assurent l'accès aux services de santé de la reproduction. Ces services peuvent donner aux femmes la possibilité d’être mieux informées des conséquences néfastes des MGF. Ils peuvent également accorder toute l’attention nécessaire aux femmes qui ont déjà subi une MGF et qui ont besoin d’un suivi médical particulier pendant leur grossesse et au moment de l’accouchement.
  • La législation doit prévoir des campagnes d’éducation et de sensibilisation du public en matière de MGF, de protection de l’enfance et de recours éventuel aux textes législatifs.
  • La législation doit prévoir le financement de campagnes d’éducation et de sensibilisation du public en matière de MGF, ainsi que d’actions de prévention.
  • La législation doit porter obligation d'organiser des campagnes de sensibilisation du public, impliquant les médias et destinées à informer et à éduquer la population, en lui présentant les effets nocifs des MGF, y compris lorsqu’elles sont médicalisées.
  • La législation doit spécifier que les campagnes de sensibilisation du public comprendront nécessairement des volets destinés à l'éducation des personnes illettrées.
  • La législation doit également prévoir des campagnes de sensibilisation du public visant plus particulièrement les parlementaires, afin de les impliquer dans l’action pour l’élimination des MGF.

 

  

EXEMPLE– Italie, Loi Consolo, n° 7, 2006 (en italien)

Cette loi, qui concerne la pratique des MGF en Italie, comporte un certain nombre des dispositions légales recommandées plus haut.

Loi italienne n° 7, 2006 (en italien) – Dispositions concernant la prévention et l'interdiction de la pratique des mutilations génitales féminines :

Article 3 : Campagnes d’information

1. Afin de prévenir et de combattre les pratiques [visées par] l’article 583-bis du Code pénal [MGF], le ministre de l’Égalité des chances, en accord avec les ministres de la Santé, de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, du Travail et des Affaires sociales, des Affaires étrangères et de l’Intérieur, et en concertation avec la Conférence permanente chargée des relations entre l'État, les régions et les provinces de Trente et de Bolzano, élabore des programmes spéciaux destinés à :

a) mettre en place des campagnes d’information à destination des immigrés originaires de pays où [les MGF] sont pratiquées […] pour les sensibiliser, au moment de l’obtention du visa, dans les consulats italiens, et lors de leur arrivée à la frontière italienne, aux droits fondamentaux de la personne, et notamment des femmes et des fillettes, et au fait que la pratique de la mutilation génitale féminine est interdite en Italie ;

b) promouvoir les initiatives de sensibilisation, avec la collaboration des organisations bénévoles, des organisations à but non lucratif, des établissements de santé, et en particulier des centres d'excellence accrédités par l'Organisation mondiale de la santé, et en association avec les communautés d’immigrés originaires de pays où les MGF ont cours, afin de favoriser l’intégration socioculturelle, tout en respectant les droits fondamentaux des personnes, et notamment des femmes et des fillettes ;

c) organiser des réunions d’information destinées aux femmes infibulées qui se trouvent enceintes, pour une bonne préparation de l’accouchement ;

d) promouvoir les programmes de formation appropriés pour les enseignants des écoles élémentaires, notamment en faisant intervenir des personnes disposant de compétences reconnues dans le domaine de la médiation culturelle, pour les aider à prévenir les mutilations génitales féminines, avec la participation des parents des jeunes immigrés, filles et garçons, et pour mieux faire connaître aux élèves des classes les droits des femmes et des fillettes ;

e) promouvoir au sein des établissements de santé et des services sociaux le suivi des cas déjà recensés et connus au niveau local.

2. Une dépense annuelle de 2 millions d’euros, à compter de 2005, sera autorisée en vue de l'application du présent article.

Article 4 : Formation du personnel de santé

1. Le ministre de la Santé, en concertation avec les ministres de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et de l’Égalité des chances, ainsi qu’avec la Conférence permanente chargée des relations entre l'État, les régions et les provinces de Trente et de Bolzano, publiera, dans les trois mois suivant l’entrée en vigueur de la présente Loi, des lignes directrices à l'intention des professionnels de la santé, ainsi que de tout autre professionnel travaillant avec des communautés d'immigrés originaires de pays où [les MGF] ont cours […] afin de mener une activité de prévention, d'assistance et de réhabilitation des femmes et des jeunes filles qui ont déjà été soumises à ces pratiques.

2. Une dépense annuelle de 2,5 millions d’euros, à compter de 2005, sera autorisée en vue de l'application du présent article.

 

EXEMPLE – États-Unis, Minnesota

On retrouve également dans la législation du Minnesota un certain nombre des dispositions suggérées ici en matière d'éducation et d’information.

Loi du Minnesota, § 144.3872. (en anglais) – Mutilations génitales féminines ; éducation et information

Le commissaire chargé de la santé mènera les actions d’éducation, de prévention et d’information appropriées auprès des communautés qui pratiquent traditionnellement la circoncision féminine, l'excision ou l’infibulation, afin d’informer les membres de ces communautés des risques pour la santé et du traumatisme affectif qu'entraînent ces pratiques, et pour faire part à ces personnes, ainsi qu'aux membres des professions médicales, des sanctions pénales prévues par l’article 609.2245 [qui fait des MGF une infraction pénale]. Le commissaire collaborera avec les groupes culturellement appropriés, pour obtenir des fonds privés permettant de financer ces actions de prévention et d’information.

 

 

Études de cas – Programmes de sensibilisation aux MGF et d'éradication de cette pratique

Le Health Communication Partnership (Partenariat pour la communication en matière de santé) du Maryland (États-Unis) a élaboré, en collaboration avec plusieurs ONG nigérianes, un programme de sensibilisation à la question des MGF, destiné à encourager un débat public et l'abandon de cette pratique dans trois régions du Nigeria. Parmi les actions menées au niveau national : des émissions de radio interactives, des articles de journaux et une journée de la tolérance zéro en matière de MGF. Dans trois régions où les MGF sont particulièrement répandues, les animateurs de ce programme sont en outre allés à la rencontre de responsables de la société civile et ont organisé des projections de la vidéo anti-MGF Uncut, afin de stimuler le débat au sein de la population. Dans chaque communauté concernée, un village a été retenu pour faire l'objet d'actions complémentaires de mobilisation de la population, avec, notamment, la formation au niveau local de groupes militants chargés de gérer les questions de santé, et notamment celles liées aux MGF. L’évaluation de ce programme fait apparaître une meilleure compréhension des effets néfastes des MGF chez les personnes qui y ont été exposées. Ce programme s'est également traduit par une baisse du nombre de personnes favorables aux MGF et convaincues que celles-ci répondent à une prescription religieuse.

Prolongement du programme de santé élémentaire Awash de l'organisation CARE, le Programme Awash d’éradication de l’excision a été mis en place en janvier 2003 dans la région éthiopienne des Afars, une zone qui connaît un certain nombre de problèmes sanitaires, où les MGF sont courantes et où la population n’a bien souvent que des notions très limitées de la prévention des maladies et du planning familial. Ce programme avait pour objectifs, d’une part de diffuser des informations de qualité sur la lutte contre les MGF, sur la santé de la reproduction et la planification des naissances, sur le sida et le VIH, et sur les soins élémentaires en matière de santé ; d’autre part de plaider en faveur de l’éradication des MGF sous toutes leurs formes, et de créer ou de renforcer des structures communautaires de santé de type durable. Pour y parvenir, il prévoyait toute une série d'actions dans les zones rurales, avec notamment la diffusion d'une émission de radio en langue afar. Des séminaires de plaidoyer ont également été organisés au niveau régional, afin de toucher les populations résidant à l’extérieur de la zone couverte par le programme.

L’évaluation de ce programme a conclu que celui-ci s’était traduit par une ouverture du débat public concernant les effets destructeurs des MGF et de d’autres pratiques traditionnelles néfastes. Nombre de responsables religieux ont condamné la pratique des MGF qu’ils ont déclarée non conforme aux enseignements de l'islam. Les activités de ce programme ont également permis de sensibiliser davantage de gens aux conséquences négatives des MGF, ainsi qu'à un certain nombre d'autres questions relatives à la santé génésique.

 

L’ONG sénégalaise TOSTAN a mis en place un programme éducatif élémentaire dans la région de Kolda (Sénégal), où la pratique des MGF est particulièrement répandue.

Ce programme avait pour objectif de permettre aux participants d'être autonomes dans la recherche de solutions à leurs problèmes. Il s'articulait autour de quatre axes : l’hygiène, la recherche de solutions, la santé féminine et les droits de l’homme. Au total, ce sont 2 339 femmes et 221 hommes qui ont participé à cette initiative. Des cours de deux heures consacrés à ces questions et réunissant 30 participants autour d’un animateur ont été organisés trois fois par semaine. Les participants se sont également impliqués dans des actions de mobilisation au sein de la communauté. Quelque 300 villages se sont associés à une déclaration publique d’abandon de la pratique des MGF. Les dirigeants traditionnels et religieux, ainsi que les élus de la région, ont été informés des actions de ce programme. Les animateurs et les superviseurs étaient eux-mêmes issus des communautés participantes. L’évaluation qui a été faite par la suite a montré que, parmi les personnes ayant pris part à ce programme, les femmes étaient moins nombreuses que dans la population générale à estimer les MGF nécessaires et à vouloir soumettre leurs filles à cette pratique. Même les hommes et les femmes qui n’avaient pas assisté aux cours proposés connaissaient désormais mieux les questions qui y avaient été abordées, car ils avaient pu en discuter avec ceux et celles qui les avaient suivis. En outre, parmi les femmes directement et indirectement exposées à ce programme, le choix de soumettre leurs filles à des MGF était nettement moins fréquent.