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Étude générale, Anticiper et connaître les arguments

Étude générale

  • Le premier pas consiste à passer en revue les recherches et analyses, les meilleures pratiques, les procédures et processus législatifs, les antécédents en matière de législation et les autres lois portant sur la même question. Pendant cette phase initiale, les défenseurs peuvent commencer à recueillir de manière plus formelle ou plus détaillée des témoignages et récits se rapportant spécifiquement à chacun des objectifs de la stratégie globale. Ils doivent rechercher des récits de personnes touchées par le problème, d’ONG travaillant sur le sujet, et d’institutions publiques chargées de la question. Voir : Global Rights, Legislative Advocacy Resource Guide : Promoting Human Rights in Bosnia and Herzegovina (Guide des ressources pour une action de plaidoyer en vue d’une réforme législative : la promotion des droits de l’homme en Bosnie-Herzégovine), p. 14, 2005 ; Women, Law & Development International et Human Rights Watch, Women’s Human Rights Step by Step (Les droits fondamentaux des femmes, étape par étape), 1997.

ÉTUDE DE CAS : en 1997, le Women’s Institute for Leadership Development (WILD) for Human Rights (en anglais) a rassemblé une coalition dont l’objectif était d’instaurer les normes relatives aux droits de l’homme à San Francisco, Californie (États-Unis). C’est ainsi qu’en 1998 San Francisco est devenue la première ville des États-Unis à adopter une loi mettant en œuvre les principes sous-jacents à un traité international relatif aux droits de l’homme, qui sont d’influer sur l’action des pouvoirs publics. WILD a plaidé pour l’adoption de la Convention des Nations Unies sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) et élaboré sa communication sur la CEDAW dans le vocabulaire de la discrimination, notion beaucoup plus courante aux États-Unis que celle des droits de l’homme. Des réunions publiques sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles furent organisées au cours desquelles de simples citoyens ont pu parler de leur expérience personnelle. La loi adoptée à San Francisco fait obligation aux départements de la ville de revoir leurs politiques en matière d’emploi et d’allocation de services dans une optique respectueuse des droits de l’homme et de l’égalité des sexes. Suivant l’exemple de San Francisco, beaucoup d’autres villes des États-Unis travaillent à faire adopter une législation similaire.

 

Anticiper et connaître les arguments pour et contre

  • Les défenseurs doivent aussi anticiper les arguments des opposants au projet, les étudier et préparer des réponses basées sur des faits et la raison. Les références aux meilleures pratiques, aux recherches et aux expériences vécues ailleurs sont souvent des arguments très efficaces sur les décideurs. Il est utile de s’entraîner avec des collègues à répondre aux arguments d’en face et de se préparer pour les audiences officielles où il est probable que seront soulevées des objections. Les défenseurs des droits doivent être capables d’expliquer quels avantages il y aurait pour d’autres, y compris le législateur, à soutenir leur cause dans des réunions privées avec des parties intéressées et d’autres personnes, comme lors de forums publics. Ils doivent repérer les décideurs qui seraient à même de soutenir leur cause ou de s’intéresser à la question et prendre contact avec eux pour les rencontrer en privé avant les audiences publiques.

ÉTUDE DE CAS : en 2006, la Coalition contre la traite des femmes et le Lobby européen des femmes ont publié un manuel sur les liens entre prostitution et traite à des fins sexuelles (en anglais) qui analyse les arguments utilisés par de nombreux partisans de la légalisation de la prostitution et les réfute en fournissant des données, des références, des exemples par pays, des rapports parus dans les médias et des contenus d’entretiens. Le manuel est articulé autour d’une argumentation par thèse – antithèse pour permettre aux défenseurs des droits fondamentaux de répondre immédiatement aux arguments de ceux qui croient à tort que la légalisation de la prostitution éliminerait le trafic et protégerait les femmes. Par exemple, le manuel note que les arguments selon lesquels la légalisation est nécessaire pour protéger la santé des femmes servent en fait à déguiser la réalité, qui est que c’est la santé et la sécurité des clients que l’industrie cherche à protéger. Il n’y a pas de « zone sûre » pour les femmes dans l’industrie du sexe, ajoute le manuel. Il poursuit en fournissant, parmi beaucoup d’autres, le contre-argument suivant : « De nombreuses études citent des femmes indiquant que les maisons de prostitution se soucient peu de les protéger, que ces maisons soient légales ou illégales. Aux Pays-Bas, où la prostitution est légale, 60 % des prostituées ont été victimes de violences physiques, 70 % ont subi des menaces verbales de violence physique, 40 % ont été victimes de violences sexuelles et 40 % ont été contraintes à la prostitution par des personnes connues d’elles ou ont subi des abus sexuels de leur part. » Ce genre de contre-argument est essentiel pour se faire entendre et veiller à ne pas se laisser fourvoyer par des arguments qui semblent raisonnables mais qui sont en définitive dangereuses pour les femmes et les filles.