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Les facteurs contribuant au succès

  • Les défenseurs des droits doivent aussi étudier les facteurs qui peuvent contribuer à la réussite de leur projet. Selon le Manual for Facilitators of Advocacy Training Sessions (Manuel à l’intention des facilitateurs des séances de formation au plaidoyer, en anglais), publié par le Bureau de Washington pour l’Amérique latine (WOLA), le succès dépend de plusieurs facteurs externes et internes. Les facteurs externes jouent sur les chances qu’ont les ONG et les personnes physiques de réussir à modifier les politiques publiques et les lois concernant les femmes et les filles. Ces facteurs sont notamment :
    • l’ouverture à la démocratie et au respect des droits de l’homme,
    • l’égalité sociale, économique et culturelle,
    • la décentralisation des institutions étatiques et des processus décisionnels,
    • l’indépendance des médias, leur décentralisation et leur proximité avec le public,
    • un gouvernement ouvert et transparent.
  • Les facteurs internes ont une incidence sur les ONG qui tentent de modifier les politiques publiques et les lois relatives aux femmes et aux filles, soit en accroissant leurs chances de réussite, soit en les freinant. Ces facteurs internes sont notamment :
    • les structures et modes de fonctionnement démocratiques au sein de l’organisation,
    • l’existence d’échanges mutuels constructifs avec le gouvernement,
    • la volonté de former des alliances avec d’autres groupes,
    • la synchronisation des efforts à court, moyen et long terme vers la réalisation d’un objectif final,
    • les actions de plaidoyer fondées sur des missions,
    • la connaissance du fonctionnement des pouvoirs judiciaire, législatif et exécutif,
    • la connaissance approfondie du contexte politique,
    • l’accès aux travaux de recherche et aux informations, et la faculté de les utiliser pour guider les décisions,
    • la formation des dirigeants et le renforcement de leurs compétences,
    • une distribution clairement définie des rôles et responsabilités de chacune des personnes et organisations concernées,
    • des ressources humaines et financières suffisantes pour réaliser les objectifs.

(Voir : Bureau de Washington pour l’Amérique latine (WOLA), Manual for Facilitators of Advocacy Training Sessions (Manuel à l’intention des facilitateurs des séances de formation au plaidoyer), p. 15-17, 2001)

ÉTUDE DE CAS : en Turquie, le mouvement des femmes a mené pendant 20 ans une campagne en faveur de la loi 4320 sur la Protection de la famille avant de voir celle-ci finalement adoptée. Des organisations telles que Femmes pour les droits des femmes (WWHR), la Fondation Purple Roof de foyers de femmes, la Fondation de solidarité des femmes Altindas, et bien d’autres encore, ont dirigé et coordonné les efforts. Si l’application de la loi continue de poser des problèmes (voir plus haut l’étude de cas sur l’affaire Opuz c. Turquie), son adoption a représenté un grand pas en avant pour l’époque, en janvier 1998. Un certain nombre de facteurs ont contribué à la réussite du mouvement, notamment :

  • les contacts avec la communauté internationale des droits de l’homme,
  • la participation à des conférences de l’ONU sur la violence à l’égard des femmes, à Pékin et à Vienne,
  • l’éventualité de l’entrée du pays dans l’Union Européenne (UE) et les travaux préparatoires à celle-ci,
  • la participation de représentants de l’État ou d’autres institutions,
  • la constitution de réseaux avec d’autres organisations du mouvement des femmes,
  • l’acquisition de compétences en matière d’actions de plaidoyer et de pression.

Selon Hande Eslen-Ziya, la candidature à l’UE et au Lobby européen des femmes (LEF) a eu une grande influence sur les organisations de femmes en Turquie. L’UE et le LEF privilégient le dialogue avec la société civile et le respect des règles internationales en vigueur dans l’UE en matière des droits de l’homme. Hande Eslen-Ziya estime également que les normes fixées par la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) et par les autres conventions des Nations Unies ont contribué à la réussite des actions de pression des défenseurs des droits des femmes. Voir : Dr Hande Eslen-Ziya, “The European Union’s Influence on Women’s Activist Groups’ Networking : A Comparison Between Turkey and Greece” (Influence de l’Union Européenne sur les réseaux de défenseurs des femmes : comparaison entre la Turquie et la Grèce), vol. 6, N° 5, Turkish Policy Quarterly, 2007 ; Barbara L. Rodriguez, “Justice through Domestic Violence Legislation : Improving the Implementation of Turkey’s Law 4320 on the Protection of the Family” (La justice par le biais de lois sur la violence familiale : pour une meilleure application de la loi turque n° 4320 sur la protection de la famille), Journal of Public and International Affairs (2009) (en anglais) ; réponse de Leyla Pervizat, chercheuse indépendante en Turquie, février 2010.